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Croisement

« Mes croisées ont la gnaque »

Erwan Le Roux et sa femme Laurence ont misé sur le métissage pour bâtir un modèle génétique adapté à leur système de production basé sur la mono-traite et les vêlages groupés.

Installés sur la presqu'île de Crozon, Erwan et Laurence Le Roux ont bâti au fil des ans un système laitier basé sur la mono-traite et les vêlages groupés. Inspiré de la Nouvelle-Zélande ou de l'Irlande, ce dispositif ne mise que sur la ressource herbagère des 70 hectares de prairies. Pour réussir, ces exploitants ont choisi des vaches rustiques sélectionnées pour leur capacité à produire de la matière utile par rapport à leur poids. Le croisement, ou plutôt « métissage », de race a été l'outil pour bâtir ce type d'animaux. Erwan et Laurence Le Roux ont derrière eux un passé de conseillers en élevage au sein de la chambre d'agriculture du Finistère. À force de suivre des exploitants, de lire les différentes études, ils ont pu mûrir leur projet. Et c'est à Rosnoen, commune de la presqu'île de Crozon (Finistère), qu'ils ont mis en application une vision claire et aboutie de leur métier où la rentabilité demeure au centre de la stratégie. Leurs inspirations viennent plutôt de Nouvelle-Zélande, ou d'Irlande.

« Constitué de Holstein, le cheptel produisait en moyenne autour de 9 500 litres à partir d'1,7 tonne de concentrés, se souvient Erwan. La première année où nous avons appliqué notre démarche, la complémentation a chuté à seulement 200 kilos ! » Nous pouvons imaginer le changement pour certaines laitières. « Comme dans une entreprise où l'employé doit s'adapter à la stratégie définie par sa direction, une vache doit correspondre au modèle imaginé par l'exploitant », poursuit-il. La génétique Holstein avec des souches à concours a parfois du mal à supporter le système alimentaire basé sur la valorisation du pâturage. De même, les éleveurs mettent le cap sur les vêlages groupés et la mono-traite Ces choix impliquent un modèle génétique différent des standards présents sur le marché. Pour aboutir, les éleveurs ont recours au métissage des races, histoire notamment de profiter de l'effet hétérosis, mais pas seulement ! Dans les pâtures de l'EARL du Coteau de l'Aber, la vache idéale ne pourra pas défiler sur un ring. Sa beauté reste liée à son efficacité laitière et sa facilité à se reproduire. Les éleveurs cherchent à obtenir une vache capable de produire 900 grammes de matière utile par kilo de poids vif. La réussite en première insémination doit atteindre 80 %. Elle ne doit générer aucune pénalité laitière et être capable d'assumer six lactations. L'éleveur a une ressource limitée de fourrage qu'il estime à 400 tonnes de matière sèche. Les vaches ont pour mission de transformer cette quantité restreinte en lait. Erwan Le Roux ne souhaite pas qu'elles la gaspillent pour couvrir des besoins d'entretien trop marqués.

Métissage trois voies et criss-cross

« Nous avons défini les races les mieux adaptées à notre dispositif et avons eu recours au métissage », souligne l'éleveur. Pour maintenir l'effet hétérosis, les deux associés préfèrent miser sur un croisement à trois voies.

Au passage, il rappelle qu'il n'a aucun apriori sur aucune race. En s'appuyant sur des études scientifiques, il constate que dans son modèle très extensif, quatre races correspondent mieux à son exploitation : la Holstein pour sa faculté à bien transformer le fourrage et la qualité de la mamelle, la Jersiaise pour sa production de matière utile, la Montbéliarde pour son efficacité en mono-traite et la Rouge suédoise pour ses aptitudes fonctionnelles. Au fil des accouplements, il va métisser ces individus. « En fait, là encore, nous avons conçu un modèle un peu différent, concède l'éleveur. Notre méthode de métissage se situe entre le criss-cross et le croisement trois voies. Nous injectons du sang Jersiais une génération sur deux. Nous avons débuté sur des Holstein croisées avec la race Jersiaise danoise, nous obtenons une F1 ensuite accouplée avec un taureau Montbéliard ou Rouge suédois. Ensuite, retour à la race Jersiaise avec des semences importées de Nouvelle-Zélande. Ensuite, nous repartons vers la Holstein. »
En ayant recours à plusieurs races, l'éleveur mise sur leur complémentarité et évite également le phénomène de consanguinité. Les taureaux Holstein sont choisis en fonction de leur index fertilité, de l'index santé mamelle ou encore de l'Inel. Ces derniers doivent avoir des notes négatives au niveau de la hauteur au sacrum. Pour sélectionner les taureaux Jersiais, l'éleveur observe le rapport TB (taux butyreux) sur TP (taux protéique), la morphologie des individus. Les taureaux trop typés lait sont rejetés. En race Montbéliarde, Erwan Le Roux se concentre sur les petits animaux et regarde aussi les notions de tempérament. L'achat de paillettes est plus facile, les centres de sélection étant plus ouverts ou plus aptes à fournir l'éleveur. En Holstein et Montbéliard, tous les mâles avec des index négatifs en facilité de vêlage sont rejetés. Dans chaque race, il choisit les taureaux correspondant le mieux à son cahier des charges. Le croisement ne peut se permettre d'intégrer de mauvais géniteurs.

L'article complet est disponible dans le numéro 12 de Grands Troupeaux Magazine.

Posté le 15/04/2013
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