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Abreuvement

Les clés d’une installation d’abreuvement efficace

L’alimentation en eau, un élément essentiel en production bovine, est souvent négligée dans les exploitations. Grands Troupeaux a sollicité Vincent Cardot, ingénieur d’études du fabricant d’équipements d’élevages La Buvette, pour optimiser une installation d’abreuvement. Interview.

Grands Troupeaux Magazine -  Quelles sont les règles à respecter en matière d’abreuvement pour optimiser la circulation des animaux dans le bâtiment ?

Vincent Cardot : La première chose est de distribuer uniformément les points d’eau dans le bâtiment. Il importe également d’avoir des zones bien dégagées autour des abreuvoirs. Nous recommandons un espace de 4,5 mètres environ pour faciliter simultanément la buvée des vaches et la circulation en double sens à l’arrière. Cette remarque compte particulièrement en production laitière, pour les abreuvoirs placés au niveau du passage de logettes. Les productrices, qui l’empruntent souvent en sortie de salle de traite pour accéder à la table d’alimentation, ont en effet tendance à congestionner un couloir trop étroit. Dans ce cas, l’éleveur privilégiera les abreuvoirs dont l’accès est parallèle au mur. Pour limiter les encombrements de l’aire d’exercice et réduire le risque de bousculades, les vaches doivent également boire assez rapidement et quitter ensuite leur place. Nous conseillons donc un débit minimal de 15 litres par minute et par vache. Enfin, l’éleveur veillera à ne pas placer les abreuvoirs dans les culs de sac ou des endroits insuffisamment dégagés. Un tel positionnement exacerbe les phénomènes de hiérarchie dans le troupeau et augmente les risques de bousculades et de glissades.

 

GTM -          Quelle est la méthode pour estimer le débit global d’eau nécessaire en fonction de la taille du troupeau ?

V.C. : La vitesse d’ingestion d’une vache est d’environ 15 l/min. Pour connaître le débit d’eau nécessaire au niveau de l’abreuvoir, il suffit de multiplier cette valeur par le nombre d’animaux pouvant s’abreuver simultanément à l’abreuvoir. Par exemple, un abreuvoir de 4 places devra débiter 60 l/min pour satisfaire les besoins de ces vaches. Il est également primordial de prévoir des canalisations d’un diamètre suffisant pour passer de tels débits et prendre en compte les pertes de charges liées aux longueurs de tuyaux. L’éleveur privilégiera la création d’une ligne d’eau par abreuvoir collectif pour faciliter également les interventions de maintenance sans couper l’alimentation en eau de l’ensemble du bâtiment. Dans le cas des installations mises hors-gel par des systèmes de circulation, le montage des abreuvoirs sur une boucle d’eau est nécessaire.

 

GTM - Comment dimensionner les équipements d’abreuvement dans une stabulation pour grand troupeau ?

V.C. : Il est important de respecter un taux d’équipement minimum d’un accès à l’eau pour 10 vaches en lactation, ou d’un accès pour 15 taries. Par exemple, dans un bâtiment de 150 laitières, 15 vaches doivent pouvoir s’abreuver simultanément. Une étude norvégienne à démontré récemment qu’un taux d’équipement insuffisant ou une mauvaise localisation des abreuvoirs dans les bâtiments pouvait pénaliser la production laitière de l’ordre de 300 kg par lactation. Les animaux sur lesquels l’impact est le plus fort sont les hautes productrices ou celles dont le niveau hiérarchique est peu élevé (les génisses en particulier).

 

GTM -   Comment répartir les points d’eau dans un grand bâtiment de production laitière ?

V.C. : Une vache ne devrait pas marcher plus de 20 à 30 mètres pour se rendre à un point d’eau, quel que soit l’endroit où elle se trouve dans le bâtiment. Dans la mesure du possible, nous conseillons ainsi de répartir les points d’eau pour optimiser l’abreuvement. En production laitière, les périodes d’abreuvement sont très liées à celles des repas et de la traite. L’abreuvoir placé dans le passage de logettes central est souvent celui qui draine le plus d’animaux et doit être dimensionné en conséquence. Cette préconisation est particulièrement vraie pour les salles de traite conventionnelles et rotatives où les animaux rejoignent l’auge à un rythme élevé. Pour les exploitations équipées de robot de traite, la fréquentation des abreuvoirs est plus diffuse tout au long de la journée mais reste importante au moment de la distribution de la ration fraîche. Dans les grandes stabulations, l’éleveur peut installer un abreuvoir à chaque passage de logette. Des abreuvoirs collectifs à 4 accès conviennent parfaitement. Pour les passages en bout de bâtiment, dont les abreuvoirs sont moins fréquentés, des bacs double-accès suffisent généralement.

 

GTM -          Comment et quels équipements choisir pour réduire au minimum la durée de maintenance des abreuvoirs ?

V.C. : Nous conseillons de nettoyer les abreuvoirs une fois par semaine. Pour réduire la pénibilité de cette tâche, l’éleveur devra porter son attention sur les « détails » de conception permettant de faciliter la vidange et le lavage de l’abreuvoir. Pour les grands bacs collectifs en particulier, il prendra en considération le diamètre de la vidange, sa facilité de mise en œuvre ou encore l’absence de recoins difficiles à nettoyer à l’intérieur du bac.

 

GTM -          Quelles solutions pour disposer d’une eau de buvée tempérée lorsque le débit est élevé ?

V.C. : La solution la plus économique pour distribuer de l’eau tiède aux vaches est de valoriser les eaux issues d’un pré-refroidisseur. Celles-ci transitent directement dans un bac de grand volume ou sont stockées dans une citerne tampon puis redistribuées progressive aux animaux. Une autre solution consiste à investir dans des abreuvoirs spécifiquement conçus pour distribuer une eau réchauffée.

 

GTM -          Quelles précautions prendre face au gel ?

V.C. : Il existe trois grands principes pour mettre efficacement hors-gel une installation d’abreuvement :

  • Les abreuvoirs équipés de résistances chauffantes électriques qui protègent la cuve de l’abreuvoir et sa robinetterie, bien adaptés aux abreuvoirs collectifs,

  • La mise en circulation de l’eau dans les canalisations qui alimentent les abreuvoirs (avec ou sans réchauffage préalable de l’eau), majoritairement utilisés avec des bols individuels,

  • Les abreuvoirs isothermes sans électricité.

D’une manière générale, ces trois techniques permettent de lutter très efficacement contre le gel, à condition de prendre quelques précautions en amont des abreuvoirs, notamment :

  • Protéger les canalisations contre le gel (enterrées assez profondément dans le sol ou isolées par une gaine en configuration aérienne),

  • Veiller à un approvisionnement correct en eau (débit et pression constants),

  • Surveiller l’approvisionnement en électricité (coupures électriques fréquentes),

  • Disposer d’un local technique hors-gel  rassemblant tous les départs d’eau.

 

GTM -          Quels autres paramètres à surveiller pour bénéficier d’une installation d’abreuvement optimisée pour un grand troupeau ?

V.C. : La surveillance de la qualité de l’eau utilisée est essentielle, aussi bien pour la pérennité des installations et du matériel que pour la santé et les performances du troupeau. Nous conseillons de placer des filtres en tête de ligne et de surveiller les eaux très calcaires ou très ferrugineuses. La réalisation d’une analyse d’eau par an est une pratique à systématiser.

 

 

Retrouvez un article complet sur l’abreuvement dans la rubrique Équipement de notre numéro 11 de Grands Troupeaux, qui vient de paraître.

Posté le 29/01/2013
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